Sommaire La fiche film du France (au format pdf)

Le conte de Charles Perrault
Quelques caractéristiques de ses contes
Le film de Jacques Demy
Les personnages
Autres pistes pédagogiques
Entretiens avec Jacques Demy
Extraits du film

Ecarts et relation entre le conte et le film
Extrait du conte en prose
Morceaux choisis : Perrault en vers

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Les 20 dernières années du XVIIème siècle montrent une véritable mode des contes de fées. Sorte de revanche contre le genre romanesque qui tend de plus en plus à la prose et au réalisme. (Parallèle à faire avec Jacques Demy qui dans le cinéma fait des films en-chantés, non réalistes, poétiques).
Ces contes vont à l’encontre du rationnalisme. Le besoin d’irrationnel et de merveilleux va trouver un exutoire dans le conte de fées.
Les sources sont multiples : écrites (en Italie avec Basile par exemple qui engendra un fort succès populaire pour les contes), orales (et Perrault reconnait les avoir utilisées).
Dans Peau d'âne, on retrouve un thème existant dans plusieurs de ses contes : le héros est handicapé au départ et souhaitera prendre sa revanche (Cendrillon, Le petit poucet).
 

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Quelques caractéristiques de ses contes :peaudane1.jpg (9515 octets)

- vision bien particulière de la femme. Elle se trouve au centre de ses réflexions. Il la veut : belle, obéissante, bonne et dévouée.
- préoccupations morales : rien n’est trivial, ni déplacé dans son écriture. Il met en jeu généralement des princesses ou des jeunes filles susceptibles de faire un mariage princier (on se situe dans les classes favorisées le plus souvent).
Il est vrai que par son statut (membre de l’Académie Française, commis de Colbert, contrôleur général de la surintendance des bâtiments du Roi), il côtoie plutôt les hautes classes et affiche un certain mépris pour les classes populaires.

D’après Marc Soriano, spécialiste des Contes de Perrault, il semblerait que celui-ci ait mis en vers ce conte qu’il aurait entendu (en version orale).
Dans ce conte, l’âne représente à la fois :
- la source des richesses du Roi
- le sacrifice qu’il accepte pour sa passion incestueuse
- le déguisement de la princesse

Il y a une véritable fidélité au folklore qui repousse les limites de la vraisemblance :
- le concours de beauté
- les trois robes
- la bague (le Prince sait parfaitement à qui elle pourra convenir)

Plusieurs cas d’invraisemblance dans le conte :
- le Prince sait parfaitement à qui appartient la bague et donc quid du concours de beauté
- comment croire que cette simple peau d’âne permettra à la Princesse de se cacher ?

On est ici dans le respect de la fidélité au charme du Conte : la logique n’est pas forcément respectée, on ne se préoccupe pas du rationnalisme.
Un exemple de cela : la création de cet univers fantastique fonctionne sur l’abolition du temps. Les fées savent tout du passé, du présent et de l’avenir.
Charles Perrault met en scène des femmes à l’esprit malicieux dans ce conte.
Dès le départ, il semble s’adresser aux enfants avec le "Il était une fois" initial.

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Demy a fait de fort célèbres comédies musicales : Les parapluies de Cherbourg, Les demoiselles de Rochefort, Une chambre en ville. (Comédie musicale : alternance de scènes dialoguées et chantées).

Il y a des relations très étroites entre ce film et celui de Jean Cocteau La belle et la bête :
- entrée de la Princesse chez la Fée des Lilas,
- scène de ralenti lors de la fuite de Peau d’Ane,
- miroir permettant de voir ce qui se passe chez son père,
- Prince qui regarde par la fenêtre.

Le film de Jacques Demy a donc des références précises à celui de Cocteau en termes d’images : le miroir, les branches qui s’ouvrent, les ralentis... mais aussi en termes de sons : Cocteau est cité par Delphine Seyrig (Cocteau est cité explicitement par l’extrait de L'ode à Picasso). Le film entier et l’idée d’un "style féérique dans le réalisme" renvoient à La belle et la bête.

Références explicites aux gravures de Gustave Doré comme d’ailleurs dans La belle et la bête.

Gustave Doré
(Strasbourg, 1832 – Paris, 1883), dessinateur, peintre et graveur français de style romantique et d’inspiration fantastique ; illustrateur fécond : Œuvres de Rabelais, 1854; Balzac (Contes drolatiques, 1855); Dante (la Divine Comédie, 1861); Cervantès (Don Quichotte, 1863).

Le film détermine un monde crédible avec des logiques réalistes, rationnelles dans le comportement des personnages (ex. : la Fée des Lilas explique qu’elle peut laisser sa baguette puisqu’elle en a une de rechange chez elle).
Il n’y a par contre aucune volonté de réalisme historique : le Roi est tantôt à la mode Charlemagne, tantôt Renaissance ; la Princesse est vêtue de robes Louis XV et le Prince Charmant d’un costume Henri II. Le cercueil de la Reine est vraisemblablement de plastique.
Ce film fonctionne sur la confusion du réalisme et du merveilleux (ainsi en est-il de la séquence avec l’arrivée de l’hélicoptère).

La question de l’adaptation

Demy part du conte retranscri en prose en 1781. Le film est coincé dans le livre que l’on ouvre et que l’on referme en début et fin de film. Ce film est donc explicitement placé sous le signe du livre.
La voix-off du narrateur est précisément fidèle au démarrage du récit dans le conte. On se situe donc par l’image dans le livre et par la voix-off dans le conte avec le "Il était une fois" initial.
Demy a rajouté par rapport au conte des éléments féériques visuels :
- la chaumière qui scintille,
- la rose qui parle,
- la vieille qui crache des crapauds...

Ceci pour des raisons évidentes de mise en scène cinématographique.
Quelques procédés cinématographiques montrent que l’on est dans l’univers du conte : ainsi les scènes de ralenti exprimant les difficultés de la fuite de Peau d’Ane, référence à La belle et la bête de Jean Cocteau, montrent aussi l’absence de pesanteur renforçant l’idée d’un univers féérique.
Il y a sans arrêt des lectures faites sur des livres à l’intérieur même du film : la recette, le mage expliquant au Roi que les petites filles demandent leurs pères en mariage.

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Demy a beaucoup travaillé sur les différents personnages du conte :
        - la Fée des Lilas : véritable mère spirituelle de Peau d’Ane. Elle voyage dans le temps : entre l’univers du merveilleux et un univers plus réaliste (elle parle des "piles", elle débarque en hélicoptère). C’est une héroïne moderne.
Par rapport à la question de l’inceste : dans le film, au départ, le roi ne voit de sa fille que sa beauté. Seule la Fée pose l’interdit, mais visiblement pour régler une histoire qu’elle a eue avec le Roi. Elle a vraisemblablement eu une aventure avec lui et s’apprête à se venger de lui en le séduisant (c’est le spectateur qui sera chargé de le deviner). En deuxième lecture de ce film (le double scénario), il semblerait que ce soit elle le personnage principal du film. L’inceste n’a donc pas lieu, non pas à cause d’une question de morale, plutôt pour des raisons individuelles. L’histoire de ce fait bouscule bien les convenances, elle est quelque peu immorale.
Ce personnage beaucoup plus ténu chez Perrault a ici un rôle essentiel qui est de gérer les relations entre les personnages (dans le conte, le Roi se marie avec une Reine veuve). C’est elle aussi qui restitue la poésie en vers de Charles Perrault par son discours. C’est elle qui cache des éléments de l’intrigue au spectateur.
C’est une fée qui défend beaucoup plus ses projets matrimoniaux que la pureté morale de sa filleule. Ce personnage est interprété par Delphine Seyrig, féministe très reconnue dans les années 70.
        - l’Ane : il sert de rempart à la vertu de la Princesse lorsqu’il est mort alors que vivant il est la source des richesses du Roi.
        - le Prince et Peau d’Ane ont des attitudes symétriques : lui fait semblant d’être malade lorsque sa mère rentre dans sa chambre alors que la Princesse fait semblant de dormir.

Demy a comme parti-pris de montrer des femmes qui sont maîtresses du destin (ainsi en est-il de la Fée des Lilas et de Peau d’Ane) alors que chez Charles Perrault (dont la mysoginie était connue) elles étaient toujours belles et avenantes mais sans grande consistance psychologique.

C’est peut-être l’hypothèse que j’évoquerai : ce film nous parle plus de l’époque de son tournage que du conte de Charles Perrault. 1970 est un élément important à prendre en compte dans toute évocation de ce film (c’est la période des mouvements féministes et de leurs revendications).

Dans ce film ce sont les femmes qui sont à la fois maîtresses du destin (cf Peau d’Ane et la Fée des Lilas) et qui font avancer l’action (les décisions sont prises par la mère du Prince et seulement entérinées par le père après-coup).

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1 - Le film PEAU D’ANE est en fait un itinéraire : celui d’une Princesse qui va d’un château à l’autre en passant par une cabane. Ce sont ces déplacements qui font démarrer et avancer l’action. Peau d’Ane sort d’ailleurs de sa cabane sous forme métaphorique (la bague).
Ainsi une piste pédagogique pourrait être de travailler sur les différents lieux du film et leurs fonctions. Exemple : en fin de film, les trois couples formés se retrouvent hors du château pour le grand déballage final.

2 - Autre question essentielle : le temps du récit. Cette notion se perd, se dilue lors de la fuite de Peau d’Ane dans sa cabane. Ce qui se traduit d’ailleurs dans le parcours de Peau d’Ane par l’utilisation de ralentis qui déforment le temps du récit. D’où un travail envisageable sur la chronologie.

3 - Travail sur le merveilleux. Quelles images traditionnelles du conte retrouve-t-on ?

4 - Travail sur les robes. Fabrication d’un objet : les costumes.

5 - Travail sur la bande-son et les photogrammes. Fonctionnement sur la mémoire.

6 - Réalisation d’une affiche du film (ce qui en ressort en général est la couleur)

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"Je voulais avoir les deux côtés à vrai dire : d’une part , le sujet enfantin, merveilleux, ce qui plaira aux gosses et d’autre part, la vision adulte d’un récit complètement pervers devant lequel le spectateur se mettra ou non des œillères selon son degré de puritanisme (...)
En France, nous sommes encore victimes de tabous. Certaines éditions du conte de Perrault ont un texte expurgé. On remplace le degré de parenté du Roi par "beau-père" alors qu’il s’agit du "père". On assure une répression sur l’enfant par une censure des illustrations. Il y a donc falsification d’un texte par puritanisme."

A propos des couleurs : Jacques Demy revient des Etats-Unis où le pop art l’a beaucoup fasciné. L’idée était de "voir les couleurs baver et éclater partout". On est dans l’esthétique de la Nouvelle Vague (Pierrot le fou, Le mépris ...) qui vise à montre les couleurs primaires.

Critiques
On a reproché un film son coût trop élevé pour un film pour enfants. C’est aujourd’hui pour le cinéma un argument de vente (cf Le hussard sur le toit). Certains n’y ont vu qu’une illustration archétypale du conte de Perrault.

Ce film est considéré par certains comme un film sur la libération et à ce titre-là est évidemment très politique.

 

 
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Conte Film Idées...
1 Mort de la reine. Le roi apparait faible alors que la reine parait présomptueuse jusque devant la mort (Perrault semble vouloir régler quelques comptes avec les femmes : c'est à cause des femmes si les guerres se déchaînent, dit-il peu après Atmosphère particulièrement poétique, voire de recueillement  
2 - Le roi trouve l'infante fort belle et décide de l'épouser.    
     
     
     

 

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Générique
Mort de la Reine 3’47’’
Tableaux des différentes prétendantes 8’30’’
Arrivée de l’infante chez la Fée des Lilas 16’30’’ (parallèle visuel avec La belle et la bête)
Discussion entre l’infante et la Fée des Lilas 23’25’’
Le miroir 39’ (parallèle visuel avec La belle et la bête)
Rencontre du Prince et de Peau d’Ane 43’ (parallèle visuel avec La belle et la bête)
Séquence finale 80’44’’

 

 
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Extrait n°1
(...)
"Trouvez bon, avant que je meure, que j’exige une chose de vous ; c’est que, s’il vous prenait envie de vous remarier..."
A ces mots, le roi fit des cris pitoyables, prit les mains de sa femme, les baigna de pleurs et, l’assurant qu’il était superflu de lui parler d’un second hyménée :
"Non, non, dit-il enfin, ma chère reine, parlez moi plutôt de vous suivre !
- L’Etat, reprit la reine avec une fermeté qui augmentait les regrets de ce prince, l’Etat doit exiger des successeurs et, comme je ne vous ai donné qu’une fille, vous presser d’avoir des fils qui vous ressemblent ; mais je vous demande instamment, par tout l’amour que vous avez eu pour moi, de ne céder à l’empressement de vos peuples que lorsque vous aurez trouvé une princesse plus belle et mieux fait que moi ; j’en veux votre serment, et alors je mourrai contente."
On présume que la reine, qui ne manquait pas d’amour-propre, avait exigé ce serment, ne croyant pas qu’il fût au monde personne qui pût l’égaler, pensant bien que c’était s’assurer que le roi ne se remarierait jamais.
Enfin, elle mourut...
(...)

Extrait n°2
(...)
Chaque jour, on lui apportait des portraits charmants ; mais aucun n’avait les grâces de la feue reine : ainsi il ne se déterminait point.
Malheureusement, il s’avisa de trouver que l’infante sa fille était non seulement belle et bien faite à ravir, mais qu’elle surpassait encore de beaucoup la reine en esprit et en agréments. Sa jeunesse, l’agréable fraicheur de son beau teint, enflamma le roi d’un feu si violent, qu’il ne put le cacher à l’infante, et lui dit qu’il avait résolu de l’épouser, puisqu’elle seule pouvait le dégager de son serment.
(...)

Extrait n°3
(...)
"Oh ! pour le coup, ma fille, dit-elle à l’infante, nous allons mettre l’indigne amour de votre père à une terrible épreuve. Je le crois bien entêté de ce mariage qu’il croit si prochain ; mais je pense qu’il sera un peu étourdi de la demande que je vous conseille de faire : c’est la peau de cet âne qu’il aime si passionnément et qui fournit à toutes ses dépenses avec tant de profusion. Allez, et ne manquez pas de lui dire que vous désirez cette peau."
L’infante, ravie de trouver encore un moyen d’éluder un mariage qu’elle détestait, et qui pensait en même temps que son père ne pourrait jamais se résoudre à sacrifier son âne, vint le trouver et lui exposa son désir pour la peau de ce bel animal.
(...)

Extrait n°4
(...)
Cependant elle entra dans une belle ville à la porte de laquelle était une métaierie, dont la fermière avait besoin d’une souillon pour laver les torchons, et nettoyer les dindons et l’auge des cochons.
Cette femme, voyant cette voyageuse si malpropre, lui proposa d’entrer chez elle ; ce que l’infante accepta de grand cœur, tant elle était lasse d’avoir tant marché.
On la mit dans un coin reculé de la cuisine, où elle fut les premiers jours en butte aux plaisanteries grossières de la valetaille, tant sa peau la rendait sale et dégoûtante. Enfin on s’y accoutuma ; d’ailleurs, elle était si soigneuse de remplir ses devoirs, que la fermière la prit sous sa protection.
(...)

Extrait n°5
(...)
En courant ainsi de lieu en lieu, il entra dans une sombre allée, au bout de laquelle il vit une porte fermée. La curiosité lui fit mettre l’œil à la serrure ; mais que devint-il en apercevant la princesse si belle et si richement vêtue, qu’à son air noble et modeste il la prit pour une divinité ! L’impétuosité du sentiment qu’il éprouva dans ce moment l’aurait porté à enfoncer la porte, sans le respect que lui inspira cette ravissante personne.
Il sortit avec peine de cette allée sombre et obscure, mais ce fut pour s’informer qui était la personne qui demeurait dans cette petite chambre.
(...)

Extrait n°6
(...)
Quoi qu’il en soit, Peau d’Ane l’ayant vu, ou en ayant beaucoup entendu parler avec éloge, ravie de pouvoir trouver un moyen d’être connue, s’enferma dans sa chambre, jeta sa vilaine peau, se décrassa le visage et les mains, se coiffa de ses blonds cheveux, mit un beau corset d’argent brillant, un jupon pareil, et se mit à faire le gâteau tant désiré : elle prit de la plus pure farine, des œufs et du beurre bien frais. En travaillant, soit de dessein ou autrement, une bague qu’elle avait au doigt tomba dans la pâte, s’y mêla ; et dès que le gâteau fut cuit, s’affublant de son horrible peau, elle donna le gâteau à l’officier, à qui elle demanda des nouvelles du prince : mais cet homme, ne daignant pas lui répondre, courut chez le prince lui porter ce gâteau.
(...)

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Et jamais un mari ne fit tant de vacarmes
A l’ouïr sangloter et les nuits et les jours,
On jugea que son deuil ne lui durerait guère,
Et qu’il pleurait ses défunts Amours
Comme un homme pressé qui veut sortir d’affaire.
Le Monarque en pria tous les rois d’alentour,
Qui tous brillant de diverses parures,
Quittèrent leurs Etats pour être à ce grand jour.
On en vit arriver des climats de l’Aurore,
Montés sur de grands Eléphants ;
Il en vint du rivage Maure,
Qui plus noirs et plus laids encore
Faisaient peur aux petits enfants.
Il était une fois un Roi
Le plus grand qui fut sur la terre
Aimable en Paix, terrible en Guerre,
Seul enfin comparable à soi.
L’infante seule était belle
(...)

Le Roi le remarqua lui-même
Et brûlant d’un amour extrême
Alla follement s’aviser
Que pour cette raison il devrait l’épouser.

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